Une délégation irakienne étudie la démocratie en République tchèque

12-11-2004

Les élections régionales et sénatoriales en République tchèque ont donné l'occasion à une délégation irakienne, venue étudier l'évolution de la démocratie dans un pays post-communiste, d'observer le processus électoral.

La délégation irakienne à Prague, photo: CTKLa délégation irakienne à Prague, photo: CTK Etablir des parallèles historiques s'avère trop souvent une solution de facilité et une méthode pour le moins douteuse pour justifier telle ou telle action. Les sons de cloche qui ont résonné chez les partisans de l'intervention en Irak ont, en effet, largement propagé l'idée d'une correspondance entre la situation dans le pays et la Deuxième Guerre mondiale ou encore celle d'une correpondance entre la chute de Saddam Hussein et la fin du communisme.

Au moins dans les suites de l'intervention armée, peut-on espérer que les convergences avec le passage à la démocratie des anciens pays de l'Est se révèleront plus positives. En tout cas, c'est ce qu'une délégation irakienne est venue observer en République tchèque, début novembre. Une dizaine d'hommes politiques irakiens, accompagnés d'activistes indépendants et de politologues, étaient présents, notamment pendant les élections régionales et sénatoriales. Maan T. Ali du Parti libéral irakien a commenté l'aspect pratique des élections :

 « Cette expérience est très enrichissante. En Irak, nous n'avons aucune expérience d'élections libres, et nous avons maintenant une idée de comment les gens votent dans la réalité, comment les bulletins sont remplis, et déposés dans l'urne, puis triés. C'était un bon exercice pratique. »

Quinze ans après la fin du communisme et plus d'un an et demi après la chute de Bagdad, l'objectif était d'analyser comment un pays peut passer d'un régime totalitaire à un régime démocratique. Le 27 janvier prochain, doivent se tenir des élections en Irak, qui doivent installer le parlement provisoire irakien chargé de rédiger la nouvelle constitution. Celle-ci devrait faire, ensuite, l'objet d'un référendum auprès des citoyens.

Cependant, la situation en Irak, à l'heure actuelle, n'est guère comparable à celle d'après 1989 en Tchécoslovaquie, à commencer par le fait que le régime communiste s'était en grande partie effondré de lui-même. Violences, attentats, conflits ethniques et religieux sont le pain quotidien du pays. C'est ce que dit la professeur Azhar Abdalwabad, de l'Université de Bagdad :

« La situation en Irak est très différente de la situation en République tchèque. La situation est très compliquée. Je suis désolée de dire ça mais ils en parlent comme d' une 'situation très simple' et je ne suis pas du tout d'accord. »

Et son interprète de renchérir en développant ce point de vue :

« Elle veut dire que quand des membres de notre délégation font leur discours, ils disent qu'il n'y a aucun problème, que la sécurité n'est pas un problème et que tout va bien. Elle voit les choses autrement et pense que c'est un mensonge. Il se passe des choses terribles en Irak, la situation est très mauvaise et les gens souffrent. »

Cependant, tous sont d'accord pour que les élections aient lieu au plus vite, espérant qu'elles permettront de lancer et d'enraciner la démocratie dans le pays. Un bémol, et non des moindres, quant aux enseignements que la délégation irakienne peut tirer de ce voyage : la République tchèque souffre d'un mal généralisé en Europe, celui d'une faible participation aux élections et d'un désintérêt croissant pour la politique dans son ensemble.

12-11-2004