Inauguration de la statue de Tigrid à Ostrava : « Même sans soldats, Pavel Tigrid a gagné contre l’Union soviétique toute entière »

17-05-2010

Ce samedi, une statue a été inaugurée à Ostrava, la capitale de la Moravie-Silésie, en l’honneur de Pavel Tigrid. Exilé en 1939 puis à nouveau en 1948, Pavel Tigrid est une des personnalités les plus importantes de l’exil tchécoslovaque. Il est l’un des fondateurs de Radio Free Europe et de la revue « Témoignage », une revue qui informait sur la situation en Tchécoslovaquie et qui faisait surtout le lien entre les émigrés et les dissidents restés au pays. Jiří Slavíček est le correspondant de Radio Prague à Paris. Il connaissait personnellement Pavel Tigrid et a donc suivi avec attention l’inauguration de cette statue.

Jiří Slavíček, photo: www.rozhlas.czJiří Slavíček, photo: www.rozhlas.cz « J’avais dans le passé le privilège de connaître un peu M. Tigrid. Je me suis laissé raconter l’inauguration. Tout le monde était de bonne humeur, ce qui est assez rare puisque des inaugurations officielles, c’est très souvent, même dans les jeunes démocraties, synonyme d’ennui. Là c’était une fête à Ostrava qui s’est transformée en réunion intime où tout le monde, au moins tout ceux que j’ai vus, comme Jacques Rupnik qui m’a raconté ça, a pu évoquer ses souvenirs. C’était émouvant mais surtout pas triste. »

La statue, le buste de Pavel Tigrid a été inauguré à Ostrava. Pourquoi Ostrava, alors qu’a priori, Pavel Tigrid n’avait pas de lien particulier avec cette ville ?

Le buste de Pavel Tigrid, photo: CTKLe buste de Pavel Tigrid, photo: CTK « C’est là que se trouve le meilleur paradoxe de cette inauguration parce qu’en fait, selon plusieurs sources, il s’agit d’un activisme civique d’une seule personnalité, c’est quelqu’un de l’école de langues qui est juste à côté de la statue, et qui porte déjà le nom de Pavel Tigrid. La statue est venue logiquement après. Mais on peut se permettre une petite minute pour dire que c’était vraiment un formidable coup de pied de l’âne, pour plusieurs paradoxes. C’est quelqu’un – on a souvent plaisanté à ce sujet – qui est né en 1971. C’était la date de la grande révolution d’octobre en Union soviétique. Et on l’a souvent charrié en demandant qui allait gagner : Tigrid ou la grande révolution d’octobre.
Et pour moi, je peux le dire, c’est une immense satisfaction et un plaisir difficile à communiquer puisque finalement, Tigrid n’avait pas de soldats, alors que l’Union soviétique en avait plein, comme elle l’a montré en 1968 en effectuant une visite extrêmement remarquée sur les bords de la Vltava. Mais Tigrid a finalement gagné et sur un socle énorme qui a autrefois soutenu un désormais inconnu Vladimir Oulianov, connu sous le nom de Lénine, on trouve maintenant le buste de Pavel Tigrid. C’est quand même formidable ! »

Alors justement, les réactions de ses enfants ont été plutôt positives à ce sujet. Une de ses filles a déclaré que son père avait beaucoup d’humour et que cette histoire, ou cette ironie de l’Histoire, l’aurait probablement beaucoup amusé ?

Photo: CTKPhoto: CTK « Je crois pouvoir le confirmer et ce qui était le plus joli dans cette inauguration, c’était non seulement le fait que c’était le plus jeune des petits-enfants qui a dévoilé le buste, mais aussi la réaction de sa mère, Déborah Tigrid, qui disait avoir eu peur que son père ne soit pas ressemblant. Et à l’immense satisfaction du sculpteur, les enfants ont unanimement reconnu que le buste est ressemblant. Et un point de satisfaction en plus réside dans le fait que la statue se trouve à la frontière polonaise, à Ostrava-Poruba, où c’était, jusqu’à l’arrivée de Václav Havel au Château, un bastion du communisme orthodoxe comme tout le bassin minier. Mais, et même si les ouvriers n’ont pas fait de protestations communes, c’est à la limite de la Pologne. Et Pavel Tigrid était un très grand observateur du mouvement syndicaliste polonais, et il a quand même contribué à la victoire, ou du moins à la connaissance du syndicalisme polonais puisqu’il a écrit un livre à ce sujet, et je trouve que, par comparaison avec la République tchèque, le plus révolté était Tigrid. Et c’est une immense satisfaction : Tigrid sans soldats a quand même gagné contre l’Union soviétique toute entière. »

17-05-2010