Adda Keddam, un comédien algérien à Prague

02-11-2004

Prague a cette particularité d'héberger des personnes au parcours étonnant et atypique : c'est le cas d'Adda Keddam, comédien d'origine algérienne, né à Oran en 1966, et qui vit à Prague depuis 1992, où il fait partie de la troupe franco-tchèque du théâtre Divadlo na Voru. Aujourd'hui, il joue indifféremment en tchèque, arabe, français ou anglais et fait découvrir au public tchèque les textes de Bernard-Marie Coltès notamment. Il a confié à Radio Prague comment il s'était retrouvé en République tchèque :

"J'étais en Suède, avant, pendant un an et dans mon plan, je devais normalement choisir entre la Tchéquie, la Pologne et la Russie. Quand j'ai quitté l'Algérie, ce n'était pas à cause des problèmes ou bien des événements qui s'y passaient, mais pour avoir plus d'expérience, pour connaître le monde au-delà de la mer. Je suis en République tchèque depuis 1992. Je suis venu à cause du théâtre, et pas pour autre chose."

Comment êtes-vous venu à la langue tchèque? Avez-vous pris des cours pour jouer en tchèque et maîtriser la langue...

"Je n'ai pas pris de cours de tchèque, au début je jouais en anglais, mais j'ai commencé à fréquenter des Tchèques. Mais, c'est une langue que je n'avais jamais entendue auparavant, c'était pour moi une langue très bizarre, c'est une langue incroyable mais vraie ! Je suis également marié avec une Tchèque, et c'est avec l'ensemble du théâtre, avec mes amis, avec ma femme que j'ai commencé à apprendre la langue tchèque. Je suis fier de parler une langue qui n'est pas facile, elle est vraiment très dure, et tout ça, sans aucun cours... je crois que je mérite un Oscar !"

Est-ce que vous vous posez la question de votre identité? Je ne parle pas de celle inscrite sur votre passeport... Vous sentez-vous Algérien? Européen? Tchèque? Un peu tout à la fois?

"En tant qu'artiste, je pense que je n'ai pas de nationalité. Normalement on n'a pas de passeport. Mais si on parle vraiment de l'identité, j'aimerais bien dire qu'en fait je suis un peu tout. Je suis Algérien d'origine, je tiens toujours à mes traditions, je tiens toujours à ma culture, je n'ai pas oublié. De toutes les façons, tout cela, ce sont des expériences dans la vie, et l'Europe aussi, pour moi, est une école qui m'a appris beaucoup de choses. Ce n'est pas uniquement le théâtre, mais la vie aussi. Je pense que je suis un peu "multi-international"."

Qu'est-ce que vous aimez par exemple à Prague, en tant que ville?

"Prague est un musée. Donc on ne peut pas dire qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas..."

Et donc vous aimez vivre à Prague?

Le théâtre Na pradleLe théâtre Na pradle "J'ai eu une occasion d'aller travailler à Paris. Et j'ai refusé. En tant qu'artiste, j'aime vivre à Prague. Moi, je ne suis pas venu pour faire fortune, pour de l'argent, non, je suis venu pour me remplir la tête.

Donc vous êtes parti pour rester ici?

Oui, j'ai trouvé une maison, je peux dire que je suis chez moi. Je suis très heureux...

Adda Keddam participera au festival organisé par la troupe du Divadlo na Voru, du 9 au 14 novembre, et qui se tiendra au théâtre Na pradle, dans une pièce de Jean Sénac ou encore dans une adaptation du Petit Prince. Pour plus de renseignements sur le programme : www.divadlonapradle.cz

02-11-2004