Radek Baborák, le cor chevillé au corps

19-04-2020

Quand on entend le son d’un cor d’harmonie, ce sont immédiatement des images de chasse qui viennent à l’esprit – et pour cause, l’instrument actuel est le descendant direct du cor de chasse utilisé jadis par le chasseur à cheval pour communiquer, le XIXe siècle l’ayant modernisé en y rajoutant des pistons. Introduit notamment par Mozart dans ses orchestres, il est associé à la musique symphonique ou militaire. Aujourd’hui, pourtant, certains musiciens s’efforcent de dépoussiérer cet instrument en l’associant à des musiques plus modernes. C’est le cas du plus célèbre corniste tchèque actuel Radek Baborák.

Radek Baborák, photo: Tereza z Davle, CC BY-SA 3.0Radek Baborák, photo: Tereza z Davle, CC BY-SA 3.0

Le son chaud du cor d’harmonie tend à évoquer des atmosphères feutrées de demeures baroques, comme pour atténuer la violence inhérente de l’activité qui l’a vu naître : la chasse. Corniste tchèque de renom, Radek Baborák (1976) a choisi d’utiliser cette chaleur inhérente à son instrument pour interpréter des œuvres du grand compositeur et bandonéoniste argentin Astor Piazzolla (1921-1992), figure marquante de la musique de tango de la seconde moitié du XXe siècle.

Photo: Animal MusicPhoto: Animal Music Pari plus que réussi pour Radek Baborák qui, en 2019, a sorti l’album Piazzolla avec son ensemble Radek Baborák Orquestrina, composé de onze musiciens de talent, de Tchéquie et d’ailleurs. Le rôle du bandonéon, instrument traditionnel du tango argentin, y est assuré par le cor, la clarinette basse, le violon et le piano.

Loin d'endosser le simple rôle de groupe de musique « revival, » le Radek Baborák Orquestrina parvient ainsi à interpréter de manière singulière et tout à fait personnelle les œuvres d’Astor Piazzolla, grâce à l’adaptation de douze de ses compositions par Tomas Ille et Radek Baborak lui-même.

Radek Baborák est sans conteste un des cornistes les plus talentueux de son temps. Initié à l’âge de huit ans, il est un talent précoce qui remporte dès l’adolescence de nombreux concours nationaux.

Il n’a que 18 ans lorsqu’il est nommé cor solo de l’Orchestre philharmonique tchèque avant d’enchaîner les engagements à Munich, Bamberg, Berlin… Preuve que son travail d’adaptation d’œuvres musicales est multiforme, il a également arrangé pour le cor les fameuses suites de Bach pour violoncelle.

S’il est un corniste unique parmi ses contemporains, Radek Baborák s’inscrit toutefois dans une tradition particulièrement importante du jeu de cet instrument en pays tchèques. Pour en savoir plus sur cette longue histoire du cor en Bohême, je vous invite à lire les articles très détaillés du site Musica Bohemica (https://musicabohemica.blogspot.com)

19-04-2020