Les lieux de la bataille des trois empereurs à
Austerlitz
Par Jaroslava Gissübelova
En prenant la route de Brno en direction du sud-est, vous arriverez
dans la région où l'une des batailles les plus sanglantes des guerres
napoléoniennes, la bataille de Slavkov, Austerlitz, s'est déroulée.
Mais c'est également la région du plus ancien peuplement sur notre
territoire. Le grand nombre de monuments conservés, ainsi que les
réserves naturelles et l'hospitalité des habitants font de cette
région un lieu visité par un grand nombre de touristes.
La curiosité des visiteurs étrangers est attirée, en premier lieu, par
les lieux de la célèbre bataille. Les Moraves sont, en effet, très
fiers de la tradition napoléonienne qui a laissé ses traces dans leur
pays. Rappelons, pour mémoire, que la bataille des trois empereurs,
livrée le 2 décembre 1805, a été remportée par l'empereur français,
Napoléon 1er Bonaparte, sur les armées alliées du tsar russe,
Alexandre 1er, et de l'empereur d'Autriche, François 1er. Napoléon a
compté sur ses jeunes officiers, sur sa stratégie de combat moderne,
en tirant profit des accidents du terrain pour disperser ses unités
numériquement plus faibles. Le drame sanglant a duré 9 heures. Sur le
champ de bataille sont restés 18 000 soldats qui allaient être
inhumés, les jours suivants, dans 25 fosses. L'armistice, signé le 6
décembre 1805 au château de Slavkov, a fortifié le pouvoir de
l'empereur français en Europe.
Les adeptes de la bataille commencent la visite de ces lieux dans la
commune de Slapanice qui est le point de départ de toute la région de
Slavkov. Le jour de la bataille s'y trouvait rassemblé l'état-major du
4ème corps d'armée du maréchal Soult. Le château de Slapanice a servi
de lazaret français. Les soldats alliés capturés ont été internés dans
l'église de l'Assomption-de-la-Vierge-Marie. Au cimetière de
Slapanice, on trouve des stèles de soldats morts.
L'arrêt suivant - le poste de commandement de Napoléon 1er, sur la
colline de Zuran. Napoléon y a passé la nuit dans son carrosse. C'est
à partir de là, qu'il a donné, le 2 décembre, au matin, l'ordre
d'attaquer en direction des hauteurs de Prace. L'événement est rappelé
par un monument avec une représentation plastique de la carte du champ
de bataille. Il convient de souligner que Zuran est un territoire
d'exterritorialité de la République française en République tchèque.
Les soldats français ont laissé leur trace aussi sur la hauteur de
Santon, comme le révèle déjà son nom. Santon a servi de point d'appui
à l'artillerie française. L'armée de Napoléon disposait d'environ 250
canons. Sur le sommet artificiellement nivelé avant la bataille par
les unités de génie françaises pour les positions de tir des 18
canons, se trouve une chapelle de 1823, avec les plaques
commémoratives des généraux français, Claparède, Valhubert et du
général russe, Bagration. On peut y voir aussi une copie du canon
français.
Un autre endroit mémorable, la vieille poste de Pozorice, datée de
1785 déjà. Le 28 novembre 1805, elle a servi d'état-major au maréchal
Murat. Le même jour, Napoléon, accompagné de ses maréchaux, y a pris
part à la réunion. C'est à cette poste que l'empereur français a logé,
après la bataille victorieuse. Le 3 décembre, l'ambassadeur
d'Autriche, le compte de Liechtenstein, lui a rendu visite, pour
négocier l'armistice et préparer une entrevue personnelle entre
Napoléon et l'empereur François 1er.
Un calvaire construit dans la rue Ruzova, à Telnice, symbolise
l'emplacement de la fosse commune. Dans la commune s'est concentrée la
force décisive des unités françaises et cela surtout dans l'église
Saint-Jean-Baptiste. Sur le mur du cimetière sont encore visibles les
traces des positions de tir. Napoléon a passé une nuit dans la
paroisse, avant la bataille.
Notre visite continue sur les hauteurs de Prace. C'est là que se
trouve la dominante et le centre naturel de la zone de monuments
historiques du champ de bataille d'Austerlitz, le Monument de la paix.
Edifié dans les années 1910-1912 d'après les plans de l'architecte
Josef Fanta, en style de sécession, il forme une pyramide
quadrangulaire d'une hauteur de plus de 26 mètres couronnée d'un
éllipsoïde représentant le globe et portant, au sommet, une croix
chrétienne haute à elle-seule de plus de 10 mètres. Quatre statues
érigées aux pieds de la pyramide symbolisent les héros des armées
française, autrichienne, russe et aussi le peuple de la Moravie ayant
souffert par ce conflit sanglant. Au sous-sol de la chapelle, qui se
trouve à l'intérieur du Monument, il y a le lieu du dernier repos des
soldats ayant trouvé la mort à Austerlitz.
Notre promenade se terminera au château d'Austerlitz, lui-aussi
étroitement lié à la bataille. Le tsar Alexandre 1er et l'empereur
François 1er y ont passé la nuit avant la bataille. Le 3 décembre
1805, Napoléon y a fait à ses soldats une déclaration concernant la
bataille. Le 6 décembre, l'armistice a été signé dans la salle
solennelle du château.
Les origines du château baroque monumental d'Austerlitz remontent au
13ème siècle. Son histoire a d'abord été marquée par les activités de
l'Ordre des chevaliers teutoniques qui y ont fait édifier l'une de
leurs bases foritifiées. Les remaniements de l'ancien bastion en
résidence plus spatieuse avec éléments Renaissance datent du tournant
des 15ème - 16ème siècles, lorsque Slavkov est devenue une propriété
de l'ancienne famille aristocratique morave des Kounic. Après la fin
de la guerre de Trente Ans, le siège des Kounic a connu des
changements importants, inspirés, pareillement que d'autres
constructions de l'époque, du siège des rois français, Versailles.
C'est Dominique André Kounic, juge du burgrave morave, ambassadeur de
la cour impériale autrichienne dans nombreuses métropoles européennes,
grand admirateur de la cour française de l'ère Louis XIV, devenu plus
tard vice-chancelier impérial et ministre du conseil d'Etat de Vienne,
qui a entrepris des travaux hardis au siège familial. Et c'est à
l'éminent architecte italien, Domenico Martinelli, auquel il a confié
l'édification d'un château baroque représentantif à l'emplacement de
l'ancienne résidence Renaissance. Les travaux ont duré plus d'un
demi-siècle, dès la fin des années 90 du 17ème siècle, jusqu'aux
années 60 du siècle suivant. Les sculptures sont une oeuvre d'un
important sculpteur italien, Giovanni Guiliani.
Très admirable est le vaste parc entourant le château, appelé le petit
Versailles. Le parc sur le remblai artificiel dont l'axe principale
descendait le long de la cascade des terrasses vers le canal à l'eau
finissant dans les allées de la colline d'en face, a été créé en même
temps que le bâtiment principal du château. L'intérieur du parc a été
divisé par des bosquets aux petites piscines, par des labyrinthes,
fontaines et des caniveaux passant par le jardin et par des sculptures
de Guiliani. Le parterre de fleurs, avec la fontaine et des orangeries
aux fresques, a été construit encore sour le règne de Dominique André.
Plus tard, le parc a été restauré et simplifé dans le style anglais.
Aujourd'hui, le parc du château d'Austerlitz est un des jardins
historiques le plus intéressants de la Moravie.
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