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Milan Rastislav Stefanik - un des fondateurs de l'État tchécoslovaque indépendant

Par Jaroslava Gissubelova

Le 4 mai se sont écoulées depuis la mort tragique de Milan Rastislav Stefanik, un des fondateurs de l'Etat tchécoslovaque indépendant, le 28 octobre 1918. Pour beaucoup de Tchèques, mais surtout Slovaques, Stefanik reste un personnage légendaire de notre histoire. Une cérémonie commémorative a eu lieu le 4 mai devant la statue de Stefanik, à la colline pragoise de Petrin, en présence de représentants officiels tchèques et slovaques. Pour Lubomir Ulehla, de l'Association des pilotes tchécoslovaques étrangers, Stefanik a été avant tout un grand pilote et un grand combattant. Son rôle d'intermédiaire entre Tchèques et Slovaques reste, selon lui, sous-estimé. Qui était Milan Rastislav Stefanik? Voici son bref portrait.

Milan Rastislav Stefanik Stefanik est né le 21 juillet 1880 à Kosiariska, en Slovaquie occidentale, dans la famille de pasteur évangélique. A l'âge de 18 ans, il part à Prague, où il étudie d'abord aux Hautes Etudes techniques, puis à la Faculté des lettres. C'est ici qu'il fait connaissance avec le futur président tchécoslovaque, Tomas Garrigue Masaryk, alors professeur.

Milan Rastislav StefanikW En 1904, Stefanik est diplômé en sciences astronomiques et décide de continuer ses études en France. Il est admis à l'observatoire astronomique de Meudon, chez le professeur Jansen. A titre d'homme de sciences, il visite des dizaines de pays en Amérique du Nord, en Afrique, et en Asie centrale. En 1912, Stefanik obtient la citoyenneté française. La guerre éclatée, il entre, en décembre 1914, dans l'armée, d'abord au 102ème régiment d'infanterie, un an plus tard, dans l'école aérienne militaire. Par miracle, il se sauve sur le front en Serbie. Blessé et contraint de quitter, en 1915, le champ de bataille, il va dorénavant militer dans le cadre de la résistance tchécoslovaque étrangère, à Paris.

En décembre 1915, il rencontre, à Paris, Tomas Garrigue Masaryk et Edvard Benes. Ce trio d'hommes fondent à Paris le Conseil national tchécoslovaque - organe représentatif du futur Etat pour la création duquel ils vont oeuvrer.

Au sein de ce conseil, Stefanik joue notamment le rôle de diplomate, de médiateur et de négociateur. Ainsi, il réussit à initier la rencontre de Masaryk avec le Premier ministre français de l'époque, Aristide Briand. Sa tâche principale est d'attirer les hommes politiques pour l'idée des légions puisqu'il est conscient que sans la participation active sur le front, le Conseil n'obtiendra pas la reconnaissance des dirigeants des pays de l'Entente. Le charisme de Stefanik ouvre les portes des milieux politiques occidentaux à l'idée d'une Tchécoslovaquie indépendante.

Lors de sa mission en Italie, il réussit à surmonter l'opposition des dirigeants italiens en obtenant la signature d'accords sur la création de légions tchécoslovaques dans ce pays. Pour l'idée de l'indépendance tchécoslovaque, il réussit à attirer le président américain de l'époque, Theodore Roosevelt. Sa mission aux Etats-Unis se termine par le recrutement de quelque 4000 volontaires avec lesquels il retourne, en novembre 1917, en Europe. Au tournant des 1916-1917, Stefanik mène des négociations avec le gouvernement roumain sur le transfert des prisonniers tchèques et slovaques dans les unités de volontaires en Russie. En juin 1918, il est nommé général de l'Armée française et décoré, la même année, de l'ordre de la Légion d'honneur.

La mission la plus difficile de Stefanik, c'est le voyage en Sibérie, en octobre 1918. Ici, il se retrouve face au souhait des puissances de l'Entente de laisser les unités tchécoslovaques sur le territoire russe et le désir des légionnaires de rentrer dans leur patrie. Après s'être familiarisé avec l'état réel de l'armée tchécoslovaque en Russie, il demande aux Etats alliés d'aider à évacuer les légions de la Sibérie. C'est en Sibérie qu'il apprend de la création de la Tchécoslovaquie indépendante. La création de l'Etat commun des Tchèques et des Slovaques marque le point culminant de la vie relativement courte, mais riche, de Stefanik. Mais ses activités ne s'arrêtent pas là. Au début de 1919, Stefanik part aux négociations politiques à Versailles, ensuite en Italie, pour y assurer le transport des soldats tchécoslovaques dans la nouvelle république. Son avenir au sein de cette république, à la naissance de laquelle il avait contribué, est cependant incertain. Pendant son séjour en Russie, aux fonctions de ministre des Affaires militaires, tous les postes politiques décisifs sont, entre temps, occupés, à Prague, et celui des Affaires militaires supprimé. Stefanik y voit une occasion de se consacrer à son rêve de toute la vie, l'astronomie. Ce souhait reste, hélas, inaccompli. Le 4 mai 1919, il trouve la mort lors de l'accident de son avion, à Vajnory, près de Bratislava.

Milan Rastislav Stefanik comme fondateur de l'Etat tchécoslovaque Si la guerre n'avait pas éclaté, Stefanik n'aurait probablement jamais abandonné sa grande passion, l'astronomie. Déjà avant la guerre, il était astronome expérimenté, comme le confirmait le Bureau des longitudes parisien. Sur recommandation du professeur Jansen, Stefanik a entrepris des expéditions d'observations astronomiques à Mont-Blanc, ensuite au sud de l'Europe et en Afrique. En 1910, il est allé en Polynésie pour y observer la comète Halley et l'éclipse de soleil. Ce phénomène l'a charmé complètement. En 1912, il se rend au Brésil pour continuer ses observations. Ce séjour couronné d'hommages publics, marque le point culminant de ses travaux scientifiques.

Qui était donc Stefanik? Astronome, diplomate, général de l'armée, ministre, un des fondateurs de l'Etat tchécoslovaque? Tout cela, Stefanik l'était. Issu des milieux modestes d'avant-guerre, l'aspiration à la liberté de la nation slovaque lui était suggérée depuis la naissance. Il était de la famille de patriotes dont les membres se trouvaient dans les rangs des insurgés slovaques de 1848. Ceci explique pourquoi Stefanik, même après son départ en France, n'a jamais perdu le sens du patriotisme. En même temps, il a compris le besoin d'une attitude commune et d'une union étroite des Tchèques et des Slovaques.

La déclaration historique de l'indépendance, signée le 18 octobre 1918 à Paris par les trois hommes politiques, a été l'accomplissement des aspirations de Stefanik. Sa mémoire est rappelée par un imposant monument érigé à Bradlo, près de Bratislava, lieu de la catastrophe aérienne. Une plaque commémorative se trouve à Prague, dans les locaux de l'ancienne Assemblée fédérale tchécoslovaque. La statue de Stefanik, habillé un uniforme de pilote de guerre, se dresse depuis quelques années aussi à la colline de Petrin, près de l'observatoire. C'est ici que des cérémonies commémoratives ont lieu, tous les ans, le jour de sa naissance, le 21 juillet, et le jour de sa mort, le 4 mai...



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