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Emission qui invite l'auditeur à élargir son
horizon littéraire en réservant une place de choix à la littérature
tchèque.
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Par Vaclav Richter
Le monde magique de Jakub Arbes
Le rêve et la raison - telles sont les deux principales sources
d'inspiration de l'écrivain tchèque Jakub Arbes. Sans ce visionnaire
épris des sciences, la littérature tchèque du 19ème siècle aurait été
beaucoup plus pauvre. Ce poète qui avait pourtant un sens aigu de la
réalité de son époque, découvrait pour le lecteur tchèque des mondes
inconnus, lui donnait le goût du mystère. Conformément à la sensibilité
de la fin du siècle, il proposait aux lecteurs des récits qui les
faisaient rêver, mais aussi des contes et des romans inspirés par une
réálité tout-à-fait quotidienne, par la vie des quartiers industriels,
par le combat politique. Ecrivain, journaliste, homme de théâtre,
patriote tchèque, critique de la société de son temps, il reste présent
dans la littérature tchèque, encore aujourd'hui, 80 ans après sa mort,
grâce à un genre littéraire qu'il a inventé. Car si Jakub Arbes est
encore lu, s'il a su attirer, il y a quelque temps, l'attention des
cinéastes, si les habitants du quartier de Smichov à Prague savent que
la place Arbes porte le nom d'un écrivain, c'est grâce à une importante
série de récits où la fantaisie côtoie la réálité, au genre littéraire
appelé "Romanetto".
Le passant pragois rencontre les souvenirs de
Jakub Arbes à de nombreux endroits de la ville. Né en 1840, dans le
quartier de Smichov, Jakub n'est pas un enfant gâté. Fils d'un
cordonnier, il ne veut pas marcher sur les traces de son père. Il étudie
au Lycée de la Vieille-Ville où il a un professeur hors du commun qui le
marquera pour la vie. Il s'agit de Jan Neruda qui est un des plus grands
poètes tchèques. Par la suite, Neruda deviendra ami de Jakub Arbes,
contribuera à la décision du jeune homme de devenir lui-même écrivain
et, en tant que journaliste influant, publiera certaines oeuvres de son
émule. La personnalité du jeune Arbes marie harmonieusement les dons
littéraire et poétique et le penchant pour les sciences exactes. Ainsi
le jeune adepte de la carrière littéraire s'inscrit à la Polytechnique
de Prague et jette les bases de la dualité de ses inspirations futures.
En 1867, il entre dans le journalisme. Après un court épisode
jounalistique à Prague, il devient rédacteur d'une revue de province
dans la ville de Kutna Hora non loin de la métropole tchèque. Mais le
climat de cette petite ville empreinte d'esprit petit-bourgeois
l'étouffe et il se sauve bientôt. Sa véritable carrière journalistique
ne commence qu'après son admisssion dans la rédaction d'un périodique
qui joue un rôle important dans la vie de la société tchèque - Narodni
listy (Lettres nationales). C'est là qu'il fait son apprentissage du
journalisme, et, pendant un certain temps, lorsque son journal traverse
une période difficile, il devient même son propriétaire. En tant que
rédacteur des Lettres nationales, Jakub Arbes subit toutes les
vicissitudes du journalisme politique.
Le journal se fait porte-parole
du Parti jeune tchèque dont l'objectif principal est de parvenir à une
plus grande autonomie du peuple tchèque dans le cadre de
l'Autriche-Hongrie. Ses activités se heurtent toujours à l'hostilité de
l'administration autrichienne, ses démêlés avec la censure sont
fréquents. En tant que rédacteur responsable, Jakub Arbes est souvent
interrogé par la police et, en 1873, il est même envoyé en prison. Il
est incarcéré pendant 13 mois et n'oublie pas de profiter de cette
expérience pour son travail littéraire. Revenu de la prison, il
travaille dans plusieurs autres périodiques avec un succès mitigé. De
1876 à 1879, il occupe un poste au Théâtre provisoire que les Tchèques
pragois ont ouvert en attendant la construction du Théâtre national.
Arbes est responsable du répertoire et choisit les pièces qui
contribuent au dévéloppement du théâtre tchèque, par exemple, celles de
Henrik Ibsen. Après son départ du Théâtre provisoire, Arbes se libère de
toute servitude et choisit la carrière, ó combien difficile, de
l'écrivain indépendant. Bien sûr, il poursuit également sa carrière
journalistique, mais il porte désormais une attention particulière à la
littérature de fiction. Les lecteurs connaissent et apprécient déjà ses
premiers "romanettos".
En 1873, Arbes apporte à son ami Neruda, qui
dirige, en ce temps-là, la revue Lumir, un récit intitulé Saint Xavier.
Il s'agit d'une histoire étrange d'un jeune homme qui, en examinant
minutieusement un tableau représentant saint Xavier à l'église
Saint-Nicolas à Prague, arrive à la conclusion que le tableau cache un
secret - un plan qui pourrait le mener jusqu'à un trésor caché non loin
de la ville. Cette histoire pleine de mystères, élucidés à la fin du
récit, se termine par la mort tragique du héros. Elle suscite un
véritable intérêt de Neruda qui veut la publier. Mais il y a un
problème. Le récit s'appelle Saint Xavier, ce qui pourrait faire croire
aux lecteurs qu'il s'agit d'un texte religieux. Pour éviter la confusion
et attirer le lecteur, il faut donc préciser le genre de cet ouvrage. Il
ne s'agit pourtant ni d'une simple nouvelle, ni d'un roman, ni d'un
conte philosophique, mais d'un genre nouveau qui n'a pas encore de nom.
Ce n'est qu'après plusieurs jours de réflexion que Neruda baptise ce
nouveau genre littéraire. Le romanetto deviendra bientôt célèbre. Quels
sont les traits caractéristiques du romanetto? C'est un récit mariant
une action captivante et mystérieuse avec un déþouement logique. A la
fin tout s'explique grâce à la raison et aux sciences. Un lecteur
attentif y décelera sans doute une forte influence des histoires
extraordinaires du poète américain Edgar Allan Poe qui était l'auteur
préféré de Jakub Arbes. Son penchant pour les solutions scientifiques
des mystères fait penser aussi à Jules Verne, auteur qui savait si bien
présenter dans ses écrits les phénomènes qui échappent à la
compréhension du lecteur pour les expliquer à la fin du livre. En lisant
les livres d'Arbes on se rappelle également certaines situations chères
aux auteurs de romans noirs anglais, si appréciés par les romantiques.
Chez Arbes, les récits sont basés, par exemple, sur un problème
philosophique, comme le romanetto Le Diable soumis à la torture, ou bien
sur un phénomène psychologique, comme les oeuvres intitulées le Démon
aux yeux gris et la Femme crucifiée, ou encore sur une découverte
scientifique, comme dans les romanettos Le Lis d'Ethiopie et Le Cerveau
de Newton. Le lecteur trouve souvent dans ces histoires aussi le motif
social. L'un de ces ouvrages, Les candidats à l'existence, raconte la
vie de plusieurs jeunes hommes doués qui se heurtent à l'indifférence,
l'avarice et l'hypocrisie de la société qui fait échouer ces carrières
prometteuses. On trouve d'ailleurs les personnages de ce genre dans la
majorité des romanettos de Jakub Arbes. Ils illustrent l'expérience de
l'auteur lui-même qui, après avoir rompu avec le journalisme, devient
également un candidat à l'existence.
Nous pourrions parler encore
longtemps d'autres oeuvres de Jakub Arbes, de ses romans sociaux, dont
les Vampires modernes et le Messie, de ses essais consacrés à l'art et à
la psychologie des artistes, de ses portraits littéraires de poètes, de
peintres ou de musiciens de son temps, de ses écrits politiques et
historiques. Nous pourrions évoquer le personnage pittoresque de Jakub
Arbes vers la fin de sa vie, sa silhouette typique que les passants
rencontraient souvent, la nuit, dans les rues de Prague. C'était un être
nocturne. Il aimait la nuit qui lui donnait son inspiration et son aura
poétique. Pourtant Arbes n'était pas un solitaire. Il était un brillant
causeur et animait le cercle d'intellectuels pragois appelé Mahabharata
qui se réunissait à l'auberge Saint-Thomas du quartier de Mala Strana où
la personnalité du vieil écrivain attirait les jeunes hommes qui
devaient devenir la fine fleur des lettres tchèques. Tout cela
appartient à l'histoire littéraire ou à l'histoire tout court. Ce qui
reste et ce qui éveille encore aujourd'hui l'attention des lecteurs,
c'est cette série de récits bizarres, de ces "romanettos" dont l'intérêt
ne réside pas, certes, dans leurs dénouements qui se veulent
scientifiques, mais dans l'atmosphère mystérieuse qui les nimbe, dans le
suspense qui les anime...
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