CHAPITRES DE L'HISTOIRE 6 OCTOBRE 1999
  Un programme consacré aux grands moments de l'histoire tchèque.

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Par Jaroslava Gissubelova

Dix ans après la révolution démocratique de novembre 89, les Tchèques ne se sont toujours pas acquittés de leur passé communiste

De tous les anciens dirigeants communistes, un seul a été, jusqu'à présent, jugé et condamné, conformément à la loi sur les crimes communistes. Et le temps semble jouer en leur faveur. Tant que les députés ne réussiront pas à voter un amendement de la loi pénale avant la fin de cette année, il ne sera plus possible, dès le début de l'an 2000, de punir certains graves crimes du régime communiste, tel que l'abus de pouvoir. D'après les formulations de la loi actuelle, ces crimes seront prescrits, après le 29 décembre 1999. Si un amendement n'est pas adopté, 85% des personnes accusées par l'Institut de documentation et d'enquête sur les crimes du communisme échapperont à la justice.

En regardant les événements avec recul, certains se demandent, s'il n'y avait pas eu un peu trop de "velours" dans le rapport envers le régime communiste. Des polémiques sur ce thème sont menées au travers des médias en rapport avec le prochain 10e anniversaire de la Révolution de velours. Beaucoup reconnaissent que les hommes politiques démocratiques à Prague, à Varsovie et à Budapest n'ont, certes, pas pu éviter les compromis, dans l'intérêt d'un passage du pouvoir tranquille et de la stabilité. Mais beaucoup posent en même temps la question de savoir si cette période de compromis ne dure pratiquement pas jusqu'à présent.

Selon l'historien Emanuel Mandler, les erreurs à éviter après novembre 89 ont été les suivantes: il a fallu, dès le début, que le parti communiste soit traité comme perdant, non pas comme un parti du Front national. Marian Calfa, ancien haut fonctionnaire communiste, ne devait jamais devenir Premier ministre, et les parlements communistes devaient être dissous, au lieu d'une cooptation. Selon Mandler, le Forum civique a commis une faute, en traitant les communistes comme des partenaires à la table de négociations.

A l'avis du sociologue Petr Mateju, un passé irrésolu pourrait avoir des retombées sociales dangereuses. "Tant que les crimes du communisme ont été qualifiés de crimes, il faut que les auteurs de ces crimes soient punis, et s'ils ne le sont pas, il faut en expliquer les raisons, car chaque inconséquence produit un glissement à l'échelle des valeurs. Toute l'affaire revêt, d'après lui, un aspect politique, car les partis ayant commis ces crimes continuent à exister et à déployer leurs activités dans notre pays. Une part de responsabilité de cet état de choses revient à la société elle-même, car la volonté de punir les crimes du communisme n'a jamais été assez forte dans notre pays, d'autant que l'euphorie accompagnant la chute du régime a fait taire les voix demandant un règlement, affirme Mateju.

Qu'est-ce qui a été fait jusqu'à présent dans le domaine de la punition des crimes communistes? Dans le premier temps, aussitôt après la révolution de novembre, l'ex-numéro un des communistes pragois, Miloslav Stepan, a été condamné à deux ans et demi de prison pour abus de pouvoir. Certains policiers, ayant pris part à l'intervention brutale contre les manifestants, ont été poursuivis.

En deuxième étape, trois personnes ont été condamnées par le tribunal supérieur militaire de Tabor, pour abus de pouvoir: l'ancien ministre de l'Intérieur, Frantisek Kincl, son adjoint, Alojz Lorenz, et le chef du contre-espionnage, Karel Vykypel. Ces derniers organisaient, dans les années 88-89, un isolement des personnes incommodes au régime. Cet acte consistait dans la déportation de participants potentiels aux manifestations hostiles au régime, en dehors de Prague, sans argent, ni pièces d'identité.

La troisième étape a commencé après la partition de la Tchécoslovaquie, en 1993. C'est en juillet de cette année-là que le Parlement a adopté la loi sur le caractère illégal du régime communiste. Citons-en le paragraphe numéro 5, où il est dit: "Le délai de prescription des actes criminels ne concerne pas la période entre le 25 février 1948 et le 29 décembre 1989, tant qu'une condamnation valide ou un acquittement pour des raisons politiques, incompatibles avec les principes fondamentaux de la juridiction d'un Etat démocratique, n'ont pas eu lieu".

En janvier 1995, l'Institut de documentation et d'enquête sur les crimes du communisme a été créé. Sa tâche est d'enquêter sur les crimes du régime communiste qui, dans les années 1948 - 1989, ne pouvaient pas être punis pour des raisons politiques. A l'heure actuelle, l'Institut poursuit 94 personnes, soit huit de plus par rapport à l'an dernier. Le 31 août, l'Institut a intenté l'accusation de la haute trahison contre deux anciens hauts dirigeants communistes, Milous Jakes et Jozef Lenart.

Dans le projet modifié de la loi pénale, la haute trahison figure, ensemble avec le génocide et les crimes contre l'humanité, dans la catégorie des crimes imprescriptibles, au même niveau que les crimes nazis. Il faut donc attendre si la Chambre vote ou non le projet en question, pour qu'on puisse répondre à la question de savoir si notre pays sait s'acquitter de son passé communiste.


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