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Par Jaroslava Gissübelová
Le 580ème anniversaire de la première défenestration pragoise
Dans cette page d'histoire, nous remémorerons un événement vieux de
580 ans, entré dans l'histoire en tant que première défenestration
pragoise. 580 ans se seront également écoulés, le 16 août, du décès du
roi tchèque, Venceslas IV, sous le règne duquel des événements
bouleversants ont culminé par la défenestration.
L'histoire tchèque connaît deux défenestrations et bien qu'un espace
de deux siècles les sépare, on peut dire que les deux ont un
arrière-plan presque identique. Elles ont été une expression de
l'opposition anticatholique et antihabsbourgeoise de la population
tchèque, plutôt protestante. Si la première défenestration marque le
point culminant de la forte influence des idées du réformateur de
l'Eglise, Jan Hus, la deuxième, de 1618, est une réaction à la défaite
des états tchèques dans la bataille de la Montagne Blanche contre les
troupes habsbourgeoises. Le culte protestant ayant été interdit, les
Tchèques ont pris leur revanche en jetant les représentants du pouvoir
habsbourgeois par les fenêtres du Château de Hradcany. Cet acte a
ouvert la guerre de Trente Ans. La première défenestration n'a pas eu,
il est vrai, des implications internationales, mais elle a été le
premier événement de ce type dans notre histoire. Quel a été son
contexte historique?
L'époque brillante du règne de Charles IV, dans la seconde moitié du
14ème siècle, allait être remplacée, sous le règne de son fils
Venceslas IV, par une période d'agitation et de crise sociale. Prague
a perdu son ancien éclat de la plus importante des villes
résidentielles. Les réserves d'argent dans les mines de Kutna Hora
allaient diminuant, les différends opposaient le roi aux puissants
seigneurs et une tension allait se propager pratiquement à tous les
niveaux. Le pouvoir central ébranlé par des rébellions et des visées
égoïstes de la noblesse n'était plus à même de maintenir l'ordre et la
sécurité dans le pays. La tension sociale faisait naître aussi des
divergences de caractère nationaliste. Les pays tchèques étaient
habités par une minorité allemande nombreuse qui prédominait dans
plusieurs villes.
Le mécontentement général a fini par se retourner contre l'Eglise
catholique disposant d'énormes richesses et d'une fortune inouïe.
Propriétaire aussi des plus vastes domaines du pays, l'Eglise
exigeait, en plus, les plus diverses prestations pour différents
services religieux, des dons, etc. Des voix de critiques, venant
d'abord des milieux universitaires, ont trouvé une large publicité
grâce aux prédicateurs populaires. Dans leurs sermons ont été
formulées les revendications d'assainir l'Eglise et de revenir à sa
mission primitive. A la tête de cet effort s'est placé Jan Hus,
recteur de l'Université de Prague, qui prêchait dans la chapelle de
Bethléem, dans la Vieille-Ville de Prague. Le haut clergé suivait avec
un grand déplaisir l'influence croissante qu'ont eu les prédications
de Hus qui, en 1412, s'est ouvertement prononcé contre la vente des
indulgences, ce qui lui a valu l'excommunication par le pape. Proclamé
par le concile de Constance hérétique et refusant de retracer sa
doctrine, Hus meurt brûlé vif sur le bûcher, le 6 juillet 1415.
Sa mort n'a pas enterré ses idées, au contraire, elle a provoqué un
soulèvement qu'aucune force ne pouvait arrêter: des troubles ont
éclaté aussi bien dans les villes qu'à la campagne. A Prague, tous les
gens à orientation radicale ont eu, pour centre d'appui, la
Nouvelle-Ville de Prague et à leur tête, le prédicateur Jan Zelivsky,
continuateur de la doctrine de Jan Hus.
C'est dans la Nouvelle-Ville, en effet, que s'est produit le premier
grave conflit au cours duquel se sont déchargées, par un acte de
violence, toute l'amertume et toute la colère retenues et accumulées
depuis longtemps dans les masses populaires contre les adversaires du
Calice, les échevins allemands. Le 30 juillet 1419, une pierre a été
lancée contre l'ostensoir porté à la tête d'une procession conduite
par Jan Zelivsky, de la fenêtre de l'hôtel de ville de la
Nouvelle-Ville de Prague. Cet acte de défi à l'objet sacré a exalté la
colère de la foule à tel point que les masses, prenant d'assaut le
bâtiment de la mairie, ont jeté par ses fenêtres les échevins détestés
contre les lances tournées vers le haut, en achevant impitoyablement
les blessés. Dans les rues de Prague, le peuple déchaîné s'emparait
des églises détenues par des prêtres catholiques et les premières
attaques ont été lancées contre les couvents. L'agitation a atteint un
tel degré que les ordres du roi hésitant et faible n'y pouvaient rien.
La tension depuis longtemps étouffée et le désespoir de voir la
réalité politique changer, a transformé le mouvement en révolution.
Le roi Venceslas, déjà impuissant et frappé d'apoplexie, meurt peu
après la défenestration, le 16 août 1419. Sa mort n'a fait qu'élargir
les émeutes populaires et l'avalanche ne pouvait plus être arrêtée par
personne. Tout le peuple s'est dressé dans ces journées mouvementées
contre la succession du frère de Venceslas, Sigismond, roi d'Allemagne
et de Hongrie, principalement pour le rôle qu'il avait joué dans les
événements de Constance, lesquels ont abouti à la mort de Hus. Avec
l'appui du pape, Sigismond a entrepris ensuite une véritable croisade
contre les Tchèques rebelles. Au printemps de 1420, les armées des
croisés ont pénétré en Bohême et préparé une attaque de Prague. Toutes
les forces nationales se sont alors réunies pour assurer la défense du
pays en danger. La bataille livrée sur la colline Vitkov, à Prague, a
inauguré la série de victoires légendaires des troupes hussites
populaires sur les forces du pouvoir.
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