CHAPITRES DE L'HISTOIRE 30 JUIN, 1999
  Un programme consacré aux grands moments de l'histoire tchèque.

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Par Jaroslava Gissübelova

L'attentat de Sarajevo

Il y a de cela 85 ans, le 28 juin 1914, le successeur au trône habsbourgeois, François- Ferdinand d'Este, a trouvé la mort à Sarajevo, des suites des blessures causées par une bombe jetée sur sa voiture. L'attentat de Sarajevo a servi de prétexte au déclenchement de la Première Guerre mondiale, à la fin de laquelle il y avait la décomposition de la monarchie austro-hongroise et la naissance de la République tchécoslovaque indépendante...

Les destinées du successeur au trône, François-Ferdinand d'Este, sont étroitement liées à la partie tchèque de la monarchie austro-hongroise. C'est une comtesse tchèque, Sophie Chotek, que le successeur a épousée, au château de Zakupy. C'est le château de Konopiste, dans la région de Benesov, qui est devenu sa résidence officielle, et c'est encore un château tchèque, celui de Chlum près de Trebon, qui était pour lui un refuge familial.

Il n'y a pas de doute que François-Ferdinand d'Este soit l'un des Habsbourg les plus connus chez nous. Cette popularité est due, d'abord, à l'attentat de Sarajevo, puis à l'écrivain Jaroslav Hasek qui a fait de cette scène le commencement de son oeuvre mondialement connu, "Aventures du brave soldat Chveik". Moins connue est la vie même du successeur, sa carrière militaire, ses longs préparatifs au rôle de futur empereur, ses plans d'organisation nouvelle de l'empire austro-hongrois, mais aussi son goût des arts, sa passion de collectionner... Tout cela est lié à une région au centre de la Bohême, Benesov, et au château de Konopiste, que l'archiduc autrichien a acheté en 1887.

A l'âge de 12 ans, François a hérité de la branche habsbourgeoise italienne d'Este tous les biens ainsi que le titre de duc de Modène, à particule "Este", devenant l'un des hommes les plus riches de la monarchie, ce qui lui a permis d'acheter le vaste domaine de Konopiste et d'agir avec beaucoup d'indépendance. Dès l'enfance, François- Ferdinand était élevé comme futur membre de la cour impériale. A l'âge de 14 ans, il devient le lieutenant d'un régiment d'infanterie à Vienne. Après le suicide, en 1889, du fils unique de l'empereur, le prince héritier, Rodolphe, François-Ferdinand est considéré comme successeur officiel au trône habsbourgeois.

Vers 1892, l'archiduc a fait connaissance de la comtesse Sophie Chotek. C'était à une époque où il voyageait beaucoup. Il a même entrepris un voyage de dix mois autour du monde qui l'a conduit en Amérique. Dans la constitution fédéraliste des Etats-Unis d'Amérique qui l'a profondément impressionné, il a trouvé un certain modèle de règlement des rapports de nationalité au sein de la monarchie multinationale. La connaissance du système politique des Etats-Unis a contribué à la formation de sa conception politique qui visait une transformation de l'empire austro-hongrois en monarchie constitutionnelle, de type fédératif, qui répondrait à son caractère multinational et qui garantirait à toutes les nations les mêmes droits. Son souhait était de changer la position privilégiée de la Hongrie par rapport à d'autres pays de l'empire.

La réalisation de cette idée, ainsi que de bien d'autres, se heurtait cependant à l'opposition des dirigeants décisifs. En 1908, l'archiduc s'est opposé, en vain, à l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. Par un insuccès s'est terminée aussi sa tentative de créer une alliance militaire avec la Russie. La politique de l'empire penchait vers l'Allemange, un Etat évolué, mais de plus en plus dominé par la Prusse militariste, tandis que l'archiduc était un adversaire résolu de la guerre.

Après son retour de l'Amérique, l'archiduc a été frappé de tuberculose qu'il a réussi à surmonter, après trois ans de traitement intense. Entre-temps, en 1897, il a été officiellement confirmé par l'empereur dans sa succession. C'est alors qu'il commence à penser au mariage avec Sophie Chotek et qu'il oriente ses plans vers le remaniement de Konopiste en résidence du futur empereur, car il se rend bien compte que le principe dynastique des Habsbourg ne permettra jamais que la comtesse Chotek, d'origine plus basse, jouisse à la cour impériale des mêmes droits qui sont réservés à l'épouse de l'empereur.

Finalement, en 1899, l'opposition de l'empereur envers son mariage a été brisée. Le souverain a cependant contraint l'archiduc à renoncer à tous les droits de succession pour ses enfants. Cette promesse, le successeur l'a signée à la cour de Vienne trois jours avant le mariage, le 28 juin 1900. C'était une date fatale. Car 14 ans plus tard, jour pour jour, le couple va mourir lors de l'attentat de Sarajevo.

Konopiste Le mariage de l'archiduc autrichien et de la comtesse tchèque a été célébré le 1er juillet 1900, au château Zakupy, en Bohême du nord. Le jour des noces, l'empereur a accordé à la comtesse le titre de princesse de Hohenberg, ce qui n'allait pourtant pas éliminer les inégalités. Les époux ne pouvaient pas être assis ensemble à la table impériale, la loge impériale du théâtre de Vienne était interdite à Sophie... Pour toutes ces raisons, le couple s'est réfugié à Konopiste.

L'archiduc a entrepris de grands travaux de reconstruction dont le résultat a été un siège confortable et moderne. De ses nombreux voyages, il a apporté de riches collections qu'il allait installer à Konopiste. Les plus célèbres sont ses collections d'armes anciennes, de trophées de chasse, mais aussi ses collections ethnographiques. La plus précieuse est cependant la collection d'armes. Elle est la seule au nord des Alpes à contenir un si riche ensemble de travaux d'armuriers de tous les principaux ateliers européens des 16ème et 17ème siècles.

Bien que les enfants de l'archiduc, une fille et deux fils, aient été éliminés de la succession, lui-même n'a jamais perdu l'espoir de monter sur le trône. Les 12 et 13 juin 1914, Konopiste a reçu la visite de l'empereur allemand, Guillaume II, et du commandant suprême de la marine allemande, l'amiral Alfred Tirpitz. Les prochains rapports entre l'empereur allemand et le successeur, dont la succession était imminente, ont sans doute été le contenu de leurs entrevues, et non pas une sorte d'accord conduisant au déclenchement de la guerre, comme on avait la tendance de l'interpréter.

Quelques jours après le départ de Guillaume de Konopiste, le successeur et son épouse sont partis pour la Bosnie où Francois-Ferdinand, en tant qu'inspecteur général des forces armées de l'empire, devait participer aux manoeuvres de l'armée impériale. Dans la capitale de Bosnie, Sarajevo, ils sont devenus, le 28 juin 1914, victimes d'un attentat perpétré par des terroristes serbes. L'attentat a servi à l'Autriche-Hongrie, encouragée par l'Allemagne, de prétexte à la déclaration de la guerre à la Serbie. Une "petite expédition punitive", pour laquelle on faisait passer cette guerre, s'est transformée en conflit de guerre mondial qui a fait des millions de victimes et qui a fait effacer l'Autriche-Hongrie de la carte de l'Europe. A sa place, de nouveaux Etats ont apparu, parmi lesquels la Tchécoslovaquie...


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