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Par Jaroslava Gissübelova
L'attentat de Sarajevo
Il y a de cela 85 ans, le 28 juin 1914, le successeur au trône
habsbourgeois, François- Ferdinand d'Este, a trouvé la mort à
Sarajevo, des suites des blessures causées par une bombe jetée sur sa
voiture. L'attentat de Sarajevo a servi de prétexte au déclenchement
de la Première Guerre mondiale, à la fin de laquelle il y avait la
décomposition de la monarchie austro-hongroise et la naissance de la
République tchécoslovaque indépendante...
Les destinées du successeur au trône, François-Ferdinand d'Este, sont
étroitement liées à la partie tchèque de la monarchie
austro-hongroise. C'est une comtesse tchèque, Sophie Chotek, que le
successeur a épousée, au château de Zakupy. C'est le château de
Konopiste, dans la région de Benesov, qui est devenu sa résidence
officielle, et c'est encore un château tchèque, celui de Chlum près de
Trebon, qui était pour lui un refuge familial.
Il n'y a pas de doute que François-Ferdinand d'Este soit l'un des
Habsbourg les plus connus chez nous. Cette popularité est due,
d'abord, à l'attentat de Sarajevo, puis à l'écrivain Jaroslav Hasek
qui a fait de cette scène le commencement de son oeuvre mondialement
connu, "Aventures du brave soldat Chveik". Moins connue est la vie
même du successeur, sa carrière militaire, ses longs préparatifs au
rôle de futur empereur, ses plans d'organisation nouvelle de l'empire
austro-hongrois, mais aussi son goût des arts, sa passion de
collectionner... Tout cela est lié à une région au centre de la
Bohême, Benesov, et au château de Konopiste, que l'archiduc autrichien
a acheté en 1887.
A l'âge de 12 ans, François a hérité de la branche habsbourgeoise
italienne d'Este tous les biens ainsi que le titre de duc de Modène, à
particule "Este", devenant l'un des hommes les plus riches de la
monarchie, ce qui lui a permis d'acheter le vaste domaine de Konopiste
et d'agir avec beaucoup d'indépendance. Dès l'enfance, François-
Ferdinand était élevé comme futur membre de la cour impériale. A l'âge
de 14 ans, il devient le lieutenant d'un régiment d'infanterie à
Vienne. Après le suicide, en 1889, du fils unique de l'empereur, le
prince héritier, Rodolphe, François-Ferdinand est considéré comme
successeur officiel au trône habsbourgeois.
Vers 1892, l'archiduc a fait connaissance de la comtesse Sophie
Chotek. C'était à une époque où il voyageait beaucoup. Il a même
entrepris un voyage de dix mois autour du monde qui l'a conduit en
Amérique. Dans la constitution fédéraliste des Etats-Unis d'Amérique
qui l'a profondément impressionné, il a trouvé un certain modèle de
règlement des rapports de nationalité au sein de la monarchie
multinationale. La connaissance du système politique des Etats-Unis a
contribué à la formation de sa conception politique qui visait une
transformation de l'empire austro-hongrois en monarchie
constitutionnelle, de type fédératif, qui répondrait à son caractère
multinational et qui garantirait à toutes les nations les mêmes
droits. Son souhait était de changer la position privilégiée de la
Hongrie par rapport à d'autres pays de l'empire.
La réalisation de cette idée, ainsi que de bien d'autres, se heurtait
cependant à l'opposition des dirigeants décisifs. En 1908, l'archiduc
s'est opposé, en vain, à l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. Par un
insuccès s'est terminée aussi sa tentative de créer une alliance
militaire avec la Russie. La politique de l'empire penchait vers
l'Allemange, un Etat évolué, mais de plus en plus dominé par la Prusse
militariste, tandis que l'archiduc était un adversaire résolu de la
guerre.
Après son retour de l'Amérique, l'archiduc a été frappé de tuberculose
qu'il a réussi à surmonter, après trois ans de traitement intense.
Entre-temps, en 1897, il a été officiellement confirmé par l'empereur
dans sa succession. C'est alors qu'il commence à penser au mariage
avec Sophie Chotek et qu'il oriente ses plans vers le remaniement de
Konopiste en résidence du futur empereur, car il se rend bien compte
que le principe dynastique des Habsbourg ne permettra jamais que la
comtesse Chotek, d'origine plus basse, jouisse à la cour impériale des
mêmes droits qui sont réservés à l'épouse de l'empereur.
Finalement, en 1899, l'opposition de l'empereur envers son mariage a
été brisée. Le souverain a cependant contraint l'archiduc à renoncer à
tous les droits de succession pour ses enfants. Cette promesse, le
successeur l'a signée à la cour de Vienne trois jours avant le
mariage, le 28 juin 1900. C'était une date fatale. Car 14 ans plus
tard, jour pour jour, le couple va mourir lors de l'attentat de
Sarajevo.
Le mariage de l'archiduc autrichien et de la comtesse tchèque a été
célébré le 1er juillet 1900, au château Zakupy, en Bohême du nord. Le
jour des noces, l'empereur a accordé à la comtesse le titre de
princesse de Hohenberg, ce qui n'allait pourtant pas éliminer les
inégalités. Les époux ne pouvaient pas être assis ensemble à la table
impériale, la loge impériale du théâtre de Vienne était interdite à
Sophie... Pour toutes ces raisons, le couple s'est réfugié à
Konopiste.
L'archiduc a entrepris de grands travaux de reconstruction dont le
résultat a été un siège confortable et moderne. De ses nombreux
voyages, il a apporté de riches collections qu'il allait installer à
Konopiste. Les plus célèbres sont ses collections d'armes anciennes,
de trophées de chasse, mais aussi ses collections ethnographiques. La
plus précieuse est cependant la collection d'armes. Elle est la seule
au nord des Alpes à contenir un si riche ensemble de travaux
d'armuriers de tous les principaux ateliers européens des 16ème et
17ème siècles.
Bien que les enfants de l'archiduc, une fille et deux fils, aient été
éliminés de la succession, lui-même n'a jamais perdu l'espoir de
monter sur le trône. Les 12 et 13 juin 1914, Konopiste a reçu la
visite de l'empereur allemand, Guillaume II, et du commandant suprême
de la marine allemande, l'amiral Alfred Tirpitz. Les prochains
rapports entre l'empereur allemand et le successeur, dont la
succession était imminente, ont sans doute été le contenu de leurs
entrevues, et non pas une sorte d'accord conduisant au déclenchement
de la guerre, comme on avait la tendance de l'interpréter.
Quelques jours après le départ de Guillaume de Konopiste, le
successeur et son épouse sont partis pour la Bosnie où
Francois-Ferdinand, en tant qu'inspecteur général des forces armées de
l'empire, devait participer aux manoeuvres de l'armée impériale. Dans
la capitale de Bosnie, Sarajevo, ils sont devenus, le 28 juin 1914,
victimes d'un attentat perpétré par des terroristes serbes. L'attentat
a servi à l'Autriche-Hongrie, encouragée par l'Allemagne, de prétexte
à la déclaration de la guerre à la Serbie. Une "petite expédition
punitive", pour laquelle on faisait passer cette guerre, s'est
transformée en conflit de guerre mondial qui a fait des millions de
victimes et qui a fait effacer l'Autriche-Hongrie de la carte de
l'Europe. A sa place, de nouveaux Etats ont apparu, parmi lesquels la
Tchécoslovaquie...
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