CHAPITRES DE L'HISTOIRE 27 OCTOBRE 1999
  Un programme consacré aux grands moments de l'histoire tchèque.

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Par Astrid Hofmanova

Il y a quarante ans, le premier Tchèque recevait le Prix Nobel

Le 26 octobre 1959, les téléscripteurs ont apporté une bonne nouvelle pour les Tchèques: Le Prix Nobel de chimie a été attribué à un savant tchèque, le professeur Jaroslav Heyrovsky, pour sa mise au point d'une méthode d'analyse polarographique d'une importance capitale pour la détermination de la nature chimique des métaux. A l'occasion du quarantième anniversaire de cet événement nous consacrons ces Chapitres de l'histoire à ce premier lauréat tchèque du Prix Nobel.

En apprenant que le jury de Stockholm venait de le couronner, Heyrovsky a déclaré: « Cette nouvelle m'inspire des sentiments contradictoires. D'une part, elle me procure une immense joie parce que je suis le premier Tchèque à avoir cet honneur. D'autre part, elle éveille en moi le sentiment d'inquiétude, car je suis quelque peu effrayé par les obligations qui m'attendent. Je suis particulièrement heureux que le prix Nobel ait été attribué à la Tchécoslovaquie. » (fin de citation).

C'est dans le quartier baroque de Prague, Mala Strana, au milieu des jardins Wallenstein, que se trouvait à l'époque l'Institut de polarographie dépendant de l'Académie des Sciences. Son directeur n'était autre que Jaroslav Heyrovsky, cet éminent savant plutôt menu, très mince, avec un visage osseux et un oeil vif derrière des lunettes américaines. C'était un homme d'une grande culture parlant couramment plusieurs langues étrangères dont le français.

Jaroslav Heyrovsky est né à Prague le 20 décembre 1890 comme quatrième enfant d'un professeur à l'Université. Adolescent, il surprenait son entourage par une fantaisie sans bornes. Il aimait la musique, surtout celle de Bach, Beethoven et Wagner, jouait du piano et fréquentait régulièrement les concerts et les représentations d'opéra. Il était aussi un grand sportif, préférant la natation et le ski. Alpiniste expérimenté, il randonnait souvent avec son père dans les Alpes suisses.

Heyrovsky a fait des études secondaires de chimie, de mathématiques et de physique. Très tôt, il s'oriente vers la chimie organique qui est alors en plein essor. Dans les années 1910-1913, il travaille chez le professeur Ramsey, Prix Nobel de 1906, à l'Université de Londres. Après avoir passé ses examens, il devient chercheur au laboratoire de F.G. Donnan lequel convertit Heyrovsky à l'électrochimie. C'est dans son laboratoire qu'il commence son travail sur l'électroaffinité de l'aluminium. En 1918, il passe son doctorat à l'Université de Prague où il veut résoudre le problème des gouttes de mercure polarisées. Au bout de quatre ans de travail, il a l'idée de brancher un galvanomètre sur son appareillage pour pouvoir étudier le courant traversant l'électrode de mercure en présence d'oxygène et d'autres dépolarisateurs. Il découvre que cette expérience lui donne une image caractéristique de la composition de la solution utilisée. Il écrit dans son agenda: « Partout il faut utiliser le galvanomètre ».

Heyrovsky a compris en effet que ce procédé de mesure pourrait être d'une très grande importance dans l'analyse facile et rapide des substances les plus variées. Désormais, il ne s'occupait plus que de ce genre de recherches.

En 1925, Heyrovsky fabrique le premier polarographe, en démontrant que ses théories étaient susceptibles d'applications pratiques. Accompagné de sa femme, qui traduit ses oeuvres scientifiques en français, et du polarographe, il part, en 1926, pour Paris; il a reçu la bourse Rockefeller à l'Institut du professeur Urbain à Paris. Malheureusement, très peu de gens réalisent l'importance de son invention. L'intérêt ne vient que pendant la guerre, en raison de l'importance accrue de la métallurgie. Depuis on sait, que la polarographie ne se limite pas seulement à l'examen des métaux mais peut être appliquée dans différents domaines dont la médecine. Elle permet de diagnostiquer les maux, tels le cancer, de suivre l'évolution des maladies hépatiques ou les traces de diverses matières dans le sang. Elle est également d'un grand appoint en criminologie et en pharmacologie.

Néanmoins, les travaux de Jaroslav Heyrovsky ne commencent à être connus à l'étranger qu'au début des années trente, période où il effectue une tournée de conférences aux Etats-Unis et ses notes scientifiques sont traduites en russe. Durant le second conflit mondial, il publie un second ouvrage sur la polarographie. Après la guerre, le gouvernement tchécoslovaque crée l'Institut de polarographie dont Heyrovsky est nommé le directeur. Dans cette fonction, il n'oublie jamais de souligner que la condition capitale du succès dans la recherche scientifique, c'est l'amour passionné d'expérimenter. « Je n'ai jamais formulé de théories à priori » - a-t-il déclaré - « j'ai toujours été pleinement absorbé par l'intérêt de l'expérience. L'expérience théorique vient toujours après coup. Ce que je voudrais réaliser le plus rapidement possible, c'est la construction d'un laboratoire pour l'application de la polarographie dans le domaine médical pour le traitement du cancer »

Président, depuis 1956, de la Société polarographique de Londres, membre fondateur de l'Université de Paix en Belgique et membre d'honneur de nombreuses universités étrangères dont celles de Paris et de Vienne, Jaroslav Heyrovsky, est devenu savant mondialement connu et apprécié, mais pauvre. Avant de partir pour Stockholm, il s'est fait coudre à crédit un habit. L'académicien couronné du Prix Nobel ne pouvait pas payer à son couturier qu'après le retour. A l'âge de 73 ans, Heyrovsky abandonne le poste de directeur de l'Institut. Epuisé, il meurt le 27 mars 1967 à Prague à l'âge de 77 ans cent ans après Faraday.


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