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Par Jaroslava Gissubelova
Un portrait de Pierre Parler, architecte de la cathédrale Saint-Guy
Une exposition actuellement installée dans le Vieux palais royal du Château de Prague sous le
patronage du Président Vaclav Havel et avec le soutien de l'UNESCO rend hommage à deux grands
architectes dont l'ouvrage a dépassé leur temps: il y a de cela 600 ans est décédé Pierre Parler,
deuxième bâtisseur de la cathédrale Saint-Guy, au Château de Prague, et il y a de cela 100 ans, cette
année, qu'est mort son avant-dernier architecte, Josef Mocker. Les deux se sont inscrits à jamais
dans l'histoire de la cathédrale, bien que chacun d'une manière différente.
Pierre Parler, arrivé à Prague en 1356, à l'âge de 23 ans, a été architecte et maître d'oeuvre
expérimenté. Issu de la famille d'architectes allemands, de Souabe, il a travaillé à la cathédrale de
Strasbourg, au Dôme de Milan et à la cathédrale d'Ulm. A Prague, il a été convoqué par l'empereur
Charles IV qui lui a confié, quatre ans après la mort du premier maître, Mathieu d'Arras, la
construction de la cathédrale Saint-Guy. Tout en respectant le projet de son prédécesseur, Pierre
Parler a pourtant imprimé à l'ouvrage son style original, avec beaucoup d'éléments nouveaux,
jusqu'alors inhabituels. Sous sa conduite, l'atelier de bâtisseurs est devenu un centre artistique réputé
à l'échelle européenne. La cathédrale a été enrichie d'un grand nombre de travaux sculpturaux
marquants. Parler a dirigé la construction de la cathédrale pratiquement jusqu'à sa mort, le 13 juillet
1399.
Josef Mocker, de même que Pierre Parler, a pris la conduite de l'atelier de bâtisseurs de la cathédrale
comme le deuxième architecte. Mocker est né en 1835, à Louny, non loin de Prague. Architecte,
bâtisseur et restaurateur, Mocker a été partisan du purisme néo-gothique dans lequel il concevait
aussi ses ouvrages. Les travaux en vue d'achever la cathédrale ont été renouvelés à la deuxième
moitié du 19ème siècle. Après le décès de Josef Kranner, premier architecte de la cathédrale en
temps modernes, l'Unité pour l'achèvement de la cathédrale a choisi, en 1872, Josef Mocker, son
continuateur. L'année suivante, la première pierre de l'achèvement de la construction de la
cathédrale d'après les plans de Mocker a été posée. L'architecte n'a, hélas ! pas pu voir la fin de son
oeuvre, il est mort au moment où seule la façade occidentale était terminée.
Quelques mots à présent sur la cathédrale Saint-Guy.
Là où se trouve aujourd'hui la cathédrale, il y avait à l'origine une rotonde, puis une basilique
pré-romane Saint-Venceslas. Lorsque Charles IV a réussi à faire élever Prague au rang de
l'archevêché, il a entrepris la construction d'une nouvelle cathédrale métropolitaine. Débutés par
l'architecte français, Mathieu d'Arras, en 1344, et poursuivis par Pierre Parler et ses fils, les travaux
attendront plus de cinq siècles pour être achevés. La cathédrale Saint-Guy, consacrée en 1385, ne
sera terminée qu'en 1929, sous Josef Mocker, justement. Lors de ses travaux, la partie gothique
ancienne est restaurée et tout le mobilier non gothique retiré. La partie récente en néo-gothique
reçoit l'aspect actuel. On lui ajoutera les deux tours typiques. La longueur définitive de la cathédrale
est de 124 m, la largeur de 60 et la hauteur de 34 m, tandis que la voûte est supportée par 28 piliers.
La cathédrale présente un vaisseau à trois nefs, avec transept, déambulatoire et chapelles
rayonnantes. La voûte à nervures est le chef-d'oeuvre de Pierre Parler. Reprenant le chantier auquel
il travaillera près de 50 ans, il remanie le projet initial de Mathieu d'Arras et, surtout, arrivé à la voûte,
il fait oeuvre d'innovation. Il ne se contente plus de l'ogive simple aux nervures croisées. Ses nervures
forment de nouvelles ogives qui s'enchevêtrent et projettent de leur sommet des nervures plus
courtes jusqu'à la clef de voûte, le centre d'une somptueuse étoile.
Au-dessus des arcades à piliers s'étend, sur toute la longueur de la cathédrale, le triforium, couloir
intérieur, avec une galerie de 21 portraits sculptés des membres de la famille royale qui constituent un
bel exemple de l'art gothique de l'atelier Pierre Parler.
Parmi les nombreuses chapelles de la cathédrale Saint-Guy, la plus impressionnante et la plus
vénérée est celle de saint Venceslas. Pierre Parler l'a fait édifier à l'emplacement même de la rotonde
romane primitive où le prince martyr, Venceslas, a été inhumé. Sa décoration trahit sa fonction de
reliquaire. Les parois de la chapelle sont, dans la partie inférieure, recouvertes de plus de 1300 pierres
semi-précieuses, jaspes, améthystes, calcédoines et chrysoprases, toutes d'origine tchèque. Les
parties hautes sont ornées de peintures murales des saints. Un escalier dans la chapelle donne accès
au trésor royal. La porte est munie de sept serrures dont les clés sont gardées par les hauts dirigeants
de l'Etat. Le trésor abrite les joyaux de couronnement depuis 1791: la couronne, l'épée, le sceptre et
le globe. Le trésor n'est malheureusement ouvert au public qu'à des occasions exceptionnelles.
Une autre réalisation marquante de Pierre Parler à Prague, le pont Charles. Pierre Parler, qui n'avait
alors que 27 ans, a entrepris sa construction en 1357, sur commande de l'empereur Charles IV. Les
travaux dureront jusqu'à 1402. Appelé pont de pierre, il ne prendra le nom de Charles qu'en 1870.
Construit en blocs de grès, il mesure 516 mètres de long sur 9,5 m de large et repose sur seize piliers.
Le long de son histoire, le pont a résisté à de nombreuses crues de la rivière Vltava. Depuis sa
rénovation en 1974, il est réservé aux piétons. Le pont Charles est une véritable galerie de sculptures
à ciel ouvert. Il rappelle le Ponte dei Angeli de Rome. L'ensemble de sculptures a été réuni
progressivement. Au 17ème siècle, seuls un Crucifix, saint Jean Népomucène, une Pietà et un saint
Venceslas l'ornaient. Les autres statues datent de la première moitié du 18ème siècle.
Pour des raisons de défense, Charles IV a chargé Pierre Parler de construire une puissante tour haute
de 40 m et fermant le pont du côté de Stare Mesto. Au début du 15ème siècle, la tour est déjà
considérée comme l'une des plus belles portes d'Europe et comme un chef-d'oeuvre gothique. La
tour a reçu sa décoration sculptée, oeuvre de l'atelier Parler, au début du 15ème siècle. Si la face
occidentale a été durement touchée par les boulets suédois, en 1648, la face orientale conserve les
effigies de Charles IV et de Venceslas IV, disposées de part et d'autre de celles de saint Guy.
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