| 1968 - 1998 |
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30 ans se seront écoulés depuis la nuit tragique du 20 au 21 août 1968, ou
les armées des 5 pays du pacte de Varsovie ont étouffé par la force le
processus de démocratisation connu sous l'appelation Printemps de Prague.
Trois éditions des pages d'histoire seront consacrées à l'occupation de la
Tchécoslovaquie. Celle d'aujourd'hui rappelera les événements ayant précédé
cet acte de triste mémoire.
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La Tchécoslovaquie des années 60 vivait une période de dégel relatif. Est-
ce ce climat de détente qui est devenu favorable aux tentatives visant à
instaurer le socialisme à visage humain? Il était, en effet, difficile
d'imaginer à cette époque-là une autre voie que celle du socialisme, ce qui
explique pourquoi le rêve de démocratiser un système basé sur les
fondations entièrement totalitaires jouissait d'un si grand soutien.
Les premiers à critiquer ouvertement la politique totalitaire ont été les
écrivains. A leur congrès, tenu en juin 1967, ils ont critiqué le modèle
stalinien du socialisme, le bureaucratisme culturel et la répression de la
vérité.
Bientôt, des cadres économiques dirigeants, des intellectuels communistes et une partie des ouvriers vont manifester leur mécontentement. A la session du CC du PCT, en décembre 1967, une partie de ses membres, dont en particulier ceux de la Slovaquie, ont soumis à une critique ouverte les méthodes du premier secrétaire du parti, Antonin Novotny. En janvier 1968, ce dernier est libéré de ses fonctions et on élit, à sa place, Alexander Dubcek. Le 22 mars, Antonin Novotny renonce aux fonctions de président de la République. A sa place, l'Assemblée nationale nomme Ludvik Svoboda. Pour la première fois, plusieurs candidats sont proposés au poste de chef de l'Etat et pour la première fois, on procède à l'élection au scrutin secret, dans lequel, Ludvik Svoboda est élu, le 30 mars 1968, président de la République. Au début d'avril, Alexander Dubcek présente le projet du Programme d'action qui est une conception de la réforme du socialisme. Il critique les erreurs commises, les méthodes directives, la répression des droits et des libertés démocratiques et l'abus du pouvoir. La tâche-clé de ce Programme, c'est la réalisation d'une organisation fédérative de l'Etat, le règlement des rapports entre Tchèques et Slovaques et ceux envers les minorités. En même temps, le Programme d'action dessine une réforme économique hardie, consistant dans la mise en valeur du principe de l'entreprise socialiste et de la libération des entreprises de la tutelle de l'Etat. Le contenu du Programme d'action reflétait la volonté d'édifier le socialisme à visage humain et à y faire participer le plus largement possible la population du pays. Au début d'avril 1968, le gouvernement donne sa démission et c'est Oldrich Cernik qui est nommé le 8 avril 1968, Premier ministre. Une avalanche de changements des cadres à tous les niveaux se met en mouvement. Au mois de mai 1968, une délégation de la présidence du CC du PCT part à Moscou, où les dirigeants soviétiques lui signalent la prétendue activité croissante des forces de droite au sein du PCT et l'accroissement des tendances contre-révolutionnaires. Les représentants tchécoslovaques essayent d'y rétorquer en attirant l'attention sur les résultats des sondages de l'opinion publique dans lesquelles, 75% des Tchèques et 77% des Slovaques qualifient les changements d'étant le processus qui vise un affermissement du socialisme. Le 8 mai, les premiers secrétaires des PC de Bulgarie, Jivkov, de Hongrie, Kadar, de RDA, Ulbricht, et de Pologne, Gomulka, sont convoqués à Moscou pour traiter des problèmes d'actualité du mouvement communiste international et notamment de la situation en Tchécoslovaquie, mais sans la présence des représentants tchécoslovaques. Entre-temps, dans le pays, le CC du PCT exclut temporairement Antonin Novotny et d'autres hauts dirigeants du parti, jusqu'au moment où sera élucidé le taux de responsabilité de la garniture communiste tchécoslovaque aux procès politiques monstrueux des années 50. Le 6 juin, le gouvernement approuve la suppression de la censure ce qui signifie un essort sans précédent de la littérature, de l'art et de la culture en général. Les 20 - 30 juin, les entraînements militaires des armées alliées du pacte de Varsovie sont organisés sur le territoire de la Tchécoslovaquie. Le 27 juin, l'appel "Deux mille mots" est publié. Conçu par l'écrivain Ludvik Vaculik, cet appel exprime les craintes devant une contre-attaque des conservateurs, en invitant les citoyens à soutenir l'évolution d'après- janvier et à organiser une résistance civique. Cet appel deviendra l'argument numéro 1 des adversaires du Printemps de Prague. Au sein du PCT, l'aile conservatrice représentée par Vasil Bilak, Alois Indra et Milos Jakes qualifie le document d'impulsion à la guerre civile. La situation au sein du parti commence à se polariser. Les 14 - 15 juillet, les partis frères des 6 pays est-européens se rencontrent à Varsovie pour formuler leurs inquiétudes dues à la montée des activités contre-révolutionnaires en Tchécoslovaquie, en approuvant une lettre ouverte de Brejnev adressée à la direction du PCT, où il est souligné que c'est la cause commune du socialisme qui est en jeu. Seul Ceausescu prend ses distances en déclarant que le parti et le peuple roumains ne partagent pas cet avis. La présidence du CC du PCT est invitée par Moscou à des négociations qui ont lieu du 27 juillet au 1er août à Cierna nad Tisou. La partie soviétique fait un dernier appel à la direction tchécoslovaque à se rendre compte de sa responsabilité de l'avenir du socialisme, l'invitant à régler par ses propres forces la contre-révolution. Le 4 août, Alexander Dubcek déclare à la TV que la voie engagée en janvier sur décision du peuple va continuer. Or, il fait cette déclaration au moment où tout était préparé à une intervention. Les entraînements militaires se sont prolongés jusqu'au mois d'août et d'autres viennent de commencer au sud de la RDA et de la Pologne. Le 18 août, à Moscou, Brejnev montre aux secrétaires généraux des partis de 5 pays du pacte de Varsovie les lettres d'invitation à une "aide fraternelle" dont l'une a été signée par Bilak, Indra, Kapek, Kolder et Svestka. Une lettre personnelle a été envoyée à Brejnev par Kapek. L'existence de ces lettres s'est confirmée en 1992, lorsque la partie russe les a remises au président Havel. C'est à cette session de Moscou, le 18 août 1968, que la décision politique sur l'invasion de la Tchécoslovaquie était prise. La nuit du 20 au 21 août 1968, les armées de 5 pays du pacte de Varsovie franchissent la frontière de la Tchécoslovaquie. |
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